Acheter un appartement pour le louer est une chose. Déterminer le montant du loyer que vous pourrez réellement percevoir en est une autre. Et cette décision, qui peut sembler relativement simple, influence directement la rentabilité de votre investissement, son cash-flow, la recherche de locataires et la valorisation de votre patrimoine.
La tentation est souvent de partir de ses propres besoins financiers. Si le remboursement du crédit immobilier représente 750 euros par mois, pourquoi ne pas fixer un loyer à 850 euros pour couvrir les mensualités et dégager un petit bénéfice ? Ou, si un appartement voisin est annoncé à 950 euros, pourquoi ne pas proposer le même montant ?
Ces raisonnements sont compréhensibles, mais ils peuvent conduire à des erreurs importantes. Un loyer ne se détermine pas en fonction du crédit du propriétaire, mais en fonction du marché locatif, des caractéristiques du logement et des règles juridiques applicables.
Un montant trop élevé peut prolonger la recherche d’un locataire, provoquer des périodes de vacance et finalement réduire les revenus annuels. Un loyer trop faible peut dégrader durablement la rentabilité et se révéler difficile à réajuster, notamment dans les communes soumises à l’encadrement des loyers.
Pour l’investisseur immobilier, il existe donc une véritable méthode. Elle consiste à observer les loyers pratiqués, comparer des logements similaires, tenir compte des prestations, vérifier les plafonds légaux, puis mesurer l’incidence du montant retenu sur la rentabilité et la trésorerie.
Voyons comment procéder, étape par étape, avec des exemples concrets.
Comprendre la différence entre le loyer souhaité et le loyer de marché
Avant de commencer les calculs, il faut distinguer deux notions.
Le loyer souhaité est celui que l’investisseur aimerait percevoir pour atteindre ses objectifs financiers. Il peut être déterminé à partir du montant du crédit, des charges et du rendement recherché.
Le loyer de marché est celui qu’un locataire est raisonnablement disposé à payer pour occuper un logement présentant certaines caractéristiques, dans un secteur géographique donné.
Ces deux montants ne sont pas nécessairement identiques.
Imaginons un appartement de 50 m² acheté 180 000 euros. L’investisseur souhaite percevoir 950 euros mensuels pour équilibrer son financement et ses charges. Mais l’analyse du marché révèle que les logements comparables se louent généralement entre 750 et 820 euros hors charges.
Dans ce cas, le fait d’avoir besoin de 950 euros ne rend pas ce loyer réaliste.
L’investisseur doit soit revoir son projet financier, soit rechercher un bien offrant un meilleur rapport entre prix d’achat et revenus locatifs.
Cette réflexion doit idéalement intervenir avant l’achat. Déterminer le loyer possible après avoir signé le compromis expose à découvrir trop tard que les revenus espérés ne correspondent pas au marché.
Première étape : identifier précisément le logement que vous souhaitez louer
Pour estimer un loyer, il ne suffit pas de connaître la commune et la superficie du bien.
Deux appartements de 60 m² situés à quelques centaines de mètres l’un de l’autre peuvent présenter des valeurs locatives différentes.
La première étape consiste donc à établir une fiche précise du logement : adresse et quartier, surface habitable, nombre de pièces, étage, présence d’un ascenseur, exposition, luminosité, état général, performance énergétique et équipements.
Il faut également relever les annexes : balcon, terrasse, jardin, cave, stationnement ou garage.
Le type de location doit être défini dès cette étape. Un logement vide et un logement meublé ne répondent pas exactement aux mêmes attentes, n’entraînent pas les mêmes dépenses pour le propriétaire et ne sont pas nécessairement soumis aux mêmes modalités fiscales.
Pourquoi l’emplacement compte autant
Dans les Pays de Savoie, les écarts de loyers peuvent être importants à l’intérieur d’une même agglomération.
À Chambéry, un appartement proche de la gare, des commerces et des établissements d’enseignement peut attirer une clientèle différente de celle d’un logement situé dans un quartier résidentiel plus éloigné du centre.
À Aix-les-Bains, la proximité du lac, de la gare ou des principaux services peut influencer la demande. À Annecy, l’accessibilité, le stationnement et la localisation exacte jouent également un rôle important.
Dans le Genevois, les temps de déplacement vers les bassins d’emploi suisses peuvent être déterminants pour certains locataires.
Il faut toutefois éviter les raccourcis. Un appartement proche du lac n’est pas automatiquement mieux valorisé si son état, son agencement ou ses charges le rendent moins attractif que les logements concurrents.
L’objectif est de comprendre ce que les locataires recherchent réellement dans le secteur considéré.
Deuxième étape : rechercher les loyers pratiqués sur le marché
Une fois le logement décrit, il faut identifier des références locatives comparables.
Les plateformes d’annonces constituent un premier outil. Elles permettent de consulter les logements actuellement proposés à la location et d’observer les montants demandés par leurs propriétaires.
Mais attention : un loyer affiché n’est pas nécessairement un loyer accepté par un locataire.
Un appartement annoncé à 1 000 euros depuis plusieurs semaines peut être surévalué. À l’inverse, un logement proposé à un montant cohérent peut trouver rapidement preneur et disparaître des annonces.
Il faut donc multiplier les sources.
Les observatoires des loyers
Les Observatoires locaux des loyers, lorsqu’ils couvrent le territoire concerné, publient des données utiles sur les loyers réellement pratiqués dans le parc privé.
Ces données peuvent distinguer les secteurs, les types de logements, les surfaces ou les périodes de construction.
La carte nationale des loyers publiée par les pouvoirs publics et l’ANIL constitue également une source intéressante. Elle permet d’obtenir des indicateurs territoriaux à partir des loyers d’annonces, en tenant compte des limites propres à cette méthode.
Ces outils ne remplacent pas l’étude du logement lui-même, mais ils permettent de vérifier si les annonces consultées sont cohérentes avec les niveaux observés sur le territoire.
Comparer des logements réellement comparables
Pour notre exemple, imaginons un appartement de 50 m², comprenant deux pièces, en bon état, avec un balcon et une place de stationnement.
Après avoir consulté plusieurs annonces dans le même secteur, nous retenons les références fictives suivantes :
| Logement comparable | Surface | Loyer hors charges |
|---|---|---|
| Appartement A, sans extérieur | 48 m² | 730 € |
| Appartement B, avec balcon | 52 m² | 790 € |
| Appartement C, rénové avec stationnement | 50 m² | 820 € |
| Appartement D, prestations plus anciennes | 55 m² | 770 € |
Ces exemples sont pédagogiques et ne correspondent pas à des annonces réelles.
Ils suggèrent une fourchette de marché autour de 750 à 820 euros pour un logement comparable, sous réserve d’une analyse plus précise.
Notre appartement étant en bon état, avec balcon et stationnement, nous pourrions retenir une première hypothèse de 800 euros hors charges par mois.
Il s’agit d’un point de départ, pas encore d’un loyer définitif.
Troisième étape : calculer un loyer au mètre carré
Le prix au mètre carré est un indicateur pratique pour comparer des logements de tailles différentes.
La formule est simple :
Loyer mensuel au m² = loyer mensuel hors charges / surface habitable.
Pour un appartement de 50 m² proposé à 800 euros hors charges :
800 / 50 = 16 euros par m² et par mois.
Ce montant peut être comparé aux références observées sur le marché.
Mais le loyer au mètre carré doit être utilisé avec discernement.
Les petits logements présentent souvent un loyer au mètre carré supérieur à celui des grands appartements. Un studio de 20 m² peut donc afficher un niveau au mètre carré sensiblement plus élevé qu’un appartement familial de 100 m² situé dans le même quartier.
Il serait trompeur d’appliquer directement le prix au mètre carré d’un studio à une grande surface.
De même, un garage, une terrasse ou une vue remarquable peuvent contribuer à la valeur locative sans se traduire mécaniquement par une augmentation proportionnelle à la surface habitable.
Exemple de calcul à partir d’une référence
Supposons que plusieurs appartements de deux pièces, situés dans un secteur comparable, présentent un loyer moyen observé de 15,50 euros par m² hors charges.
Pour un appartement de 50 m², la première estimation serait :
50 × 15,50 = 775 euros mensuels.
Il faut ensuite examiner les caractéristiques particulières du bien.
Si l’appartement dispose d’un stationnement recherché et d’un balcon agréable, il peut éventuellement se situer dans le haut de la fourchette. S’il présente une mauvaise distribution ou des nuisances importantes, une décote peut être nécessaire.
Il n’existe toutefois pas de barème universel permettant d’ajouter automatiquement 50 euros pour un balcon ou 80 euros pour une place de parking.
Ces avantages doivent être appréciés à partir des différences observées entre logements comparables.
Quatrième étape : valoriser les prestations sans surestimer le logement
Un investisseur peut être tenté de majorer le loyer pour chaque équipement présent dans son appartement.
Une cuisine équipée, une salle de bains rénovée, des fenêtres récentes ou une bonne isolation constituent effectivement des arguments commerciaux.
Mais ils ne justifient pas nécessairement une hausse importante.
Le locataire compare le coût total du logement aux alternatives disponibles. Une cuisine moderne peut rendre l’appartement plus attractif et réduire le délai de location, sans permettre pour autant d’obtenir un loyer nettement supérieur à celui du quartier.
La même logique s’applique aux travaux énergétiques. Une meilleure performance peut améliorer le confort, diminuer certaines dépenses et éviter des restrictions de location. Elle ne garantit pas automatiquement un supplément de loyer équivalent au coût de la rénovation.
Les caractéristiques qui influencent le plus la demande
La luminosité, la qualité de l’agencement, l’état général, les nuisances, l’accessibilité et les possibilités de stationnement sont souvent des critères importants.
Leur poids dépend cependant du marché.
Un garage peut représenter un avantage décisif dans un centre-ville où le stationnement est difficile, mais beaucoup moins dans un secteur où les places sont nombreuses.
Un balcon peut être très recherché pour un appartement familial, tandis que sa valeur supplémentaire sera plus limitée s’il donne sur une rue particulièrement bruyante.
Le bon raisonnement consiste donc à comparer les prestations avec celles des logements concurrents, puis à ajuster l’estimation dans une fourchette raisonnable.
Cinquième étape : vérifier si le loyer est encadré par la réglementation
C’est une étape incontournable, car un loyer cohérent avec le marché n’est pas nécessairement un loyer légalement autorisé.
En France, plusieurs mécanismes réglementaires peuvent limiter la liberté du propriétaire.
Il faut notamment distinguer l’encadrement de l’évolution des loyers et l’encadrement du niveau des loyers.
Ces deux dispositifs sont souvent confondus alors qu’ils répondent à des logiques différentes.
L’encadrement de l’évolution des loyers en zone tendue
Dans de nombreuses communes situées en zone tendue, les augmentations de loyer sont limitées lorsqu’un logement change de locataire ou lorsqu’un bail est renouvelé.
Cela signifie qu’un propriétaire ne peut pas toujours fixer librement un nouveau loyer simplement parce que les annonces du quartier ont augmenté.
Lorsqu’un logement est déjà loué et qu’un locataire le quitte, le loyer du nouvel occupant est généralement déterminé à partir du précédent loyer, selon les règles applicables.
Des exceptions peuvent exister, notamment dans certaines situations de travaux ou de loyer manifestement sous-évalué, avec des conditions précises.
En revanche, pour une première mise en location, le loyer peut en principe être fixé librement dans une commune soumise uniquement à l’encadrement de l’évolution des loyers, sous réserve des autres règles applicables.
Il faut donc distinguer un logement qui n’a jamais été loué d’un appartement dont le propriétaire change simplement de locataire.
L’encadrement du niveau des loyers : un plafond à respecter
Dans certains territoires, un dispositif supplémentaire impose des loyers de référence.
Le propriétaire doit alors respecter un loyer de référence majoré, déterminé selon des critères tels que le secteur géographique, le type de location, le nombre de pièces et l’époque de construction.
Le loyer de base ne peut pas dépasser ce plafond.
Ce dispositif existe notamment à Paris, Lyon et Villeurbanne, Bordeaux, Montpellier, Lille et dans d’autres territoires désignés par la réglementation, dont une partie de Grenoble-Alpes Métropole.
Il ne faut pas supposer qu’une commune applique ce dispositif simplement parce qu’elle est située en zone tendue.
Pour les Pays de Savoie, le propriétaire doit vérifier la réglementation correspondant à la commune et à l’adresse de son logement. Les dispositifs peuvent évoluer et leur périmètre n’est pas identique partout.
Le plus sûr consiste à utiliser le simulateur officiel de Service-Public et, lorsque le dispositif de plafonnement s’applique, le simulateur ou l’arrêté préfectoral correspondant.
Comment calculer un loyer lorsque le niveau des loyers est plafonné ?
Prenons un exemple fictif d’appartement situé dans une commune où s’applique l’encadrement du niveau des loyers.
Le logement possède une surface habitable de 50 m².
Supposons que, pour sa catégorie et son secteur, le loyer de référence majoré applicable soit de 17 euros par m².
Le loyer de base maximal serait alors :
50 × 17 = 850 euros hors charges par mois.
Si le marché suggère un loyer de 800 euros, le propriétaire peut retenir 800 euros. Il n’est pas obligé de fixer le loyer au plafond.
En revanche, si les annonces comparables suggèrent 900 euros, le propriétaire ne peut pas simplement appliquer ce montant comme loyer de base.
Le plafond réglementaire reste de 850 euros dans notre hypothèse.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Surface habitable | 50 m² |
| Loyer de référence majoré hypothétique | 17 €/m² |
| Loyer de base maximal | 850 € |
| Loyer de marché estimé | 900 € |
| Loyer de base à ne pas dépasser | 850 € |
Les 17 euros par mètre carré sont un chiffre inventé pour expliquer le mécanisme, et non un plafond applicable à une commune particulière.
Peut-on demander un complément de loyer ?
Dans les territoires où l’encadrement du niveau des loyers s’applique, un complément de loyer peut être autorisé dans certaines conditions strictes.
Il concerne des caractéristiques de localisation ou de confort particulières qui justifient un supplément par rapport aux logements comparables.
Ce complément n’est pas un moyen automatique de contourner le plafond.
Il doit être justifié, mentionné dans le bail et respecter les interdictions prévues par la réglementation. Certaines caractéristiques du logement, notamment une mauvaise performance énergétique classée F ou G, peuvent empêcher son application.
Un propriétaire ne peut donc pas ajouter arbitrairement 100 euros au plafond au motif que son appartement possède un balcon ou une cuisine équipée.
La possibilité de demander un complément doit être examinée au cas par cas, avec prudence.
Sixième étape : distinguer le loyer hors charges du loyer charges comprises
Les annonces immobilières présentent souvent un montant « charges comprises ».
Pour un investisseur, cette distinction est essentielle, car toutes les sommes versées par le locataire ne constituent pas des revenus conservés par le propriétaire.
Prenons un appartement proposé à 850 euros par mois, charges comprises.
Si les provisions pour charges récupérables représentent 70 euros, le loyer hors charges est de :
850 − 70 = 780 euros.
Les 70 euros servent à couvrir les dépenses récupérables auprès du locataire, selon les règles applicables. Ils ne doivent pas être considérés automatiquement comme un revenu supplémentaire.
Pour calculer le rendement locatif et le cash-flow, il est généralement plus clair de partir du loyer hors charges et de ne comptabiliser ensuite que les dépenses réellement supportées par le propriétaire.
Comment fixer les provisions pour charges ?
Les provisions doivent reposer sur une estimation sérieuse des charges récupérables.
Dans une copropriété, les informations du syndic et les dépenses des exercices précédents permettent d’établir un montant cohérent.
Il faut distinguer les charges récupérables des dépenses qui restent à la charge du bailleur.
En location vide, les charges sont généralement versées sous forme de provisions avec régularisation annuelle. En location meublée, le bail peut, selon le cadre applicable, prévoir des provisions ou un forfait de charges.
Un montant artificiellement faible peut rendre l’annonce attractive, mais provoquer ensuite des régularisations importantes. À l’inverse, des provisions exagérées peuvent décourager les candidats.
Le propriétaire doit donc rechercher un montant réaliste et transparent.
Septième étape : calculer le loyer nécessaire pour atteindre votre rendement
Une fois le loyer de marché et le plafond légal déterminés, l’investisseur peut vérifier si son projet atteint ses objectifs.
Il ne s’agit plus de fixer le loyer à partir de ses besoins, mais de comparer les revenus réellement envisageables au coût total de l’acquisition.
Prenons un appartement dont le coût global est de 180 000 euros, frais d’acquisition et travaux compris.
L’investisseur souhaite obtenir un rendement locatif brut de 5,5 %.
La formule est :
Loyer annuel nécessaire = coût total d’acquisition × rendement brut souhaité.
180 000 × 5,5 % = 9 900 euros par an.
Le loyer mensuel nécessaire serait donc :
9 900 / 12 = 825 euros hors charges.
Si l’analyse du marché montre qu’un loyer de 825 euros est réaliste et légalement autorisé, l’objectif peut être cohérent.
Mais si le marché ne permet raisonnablement que 750 euros, le rendement brut attendu sera inférieur.
750 × 12 / 180 000 × 100 = 5 %.
L’investisseur doit alors décider si ce rendement reste acceptable ou s’il préfère rechercher un autre bien.
Pourquoi il ne faut pas inverser le raisonnement
Certains investisseurs déterminent d’abord le rendement souhaité, calculent le loyer correspondant et considèrent ensuite ce montant comme leur futur revenu.
Cette méthode est dangereuse.
Le rendement souhaité ne crée pas la demande locative. Ce sont les caractéristiques du logement, le marché et la réglementation qui déterminent le loyer envisageable.
Le calcul de rendement sert à évaluer l’investissement, pas à imposer un montant aux locataires.
Huitième étape : mesurer l’incidence du loyer sur votre cash-flow
Le loyer ne doit pas seulement être comparé au prix d’achat. Il faut également examiner ce qu’il reste une fois toutes les dépenses payées.
Reprenons notre appartement de 180 000 euros.
Supposons que le propriétaire rembourse 650 euros de crédit et d’assurance emprunteur chaque mois. Il prévoit également 170 euros de dépenses d’exploitation mensuelles, comprenant notamment la taxe foncière non récupérable, les charges du bailleur, l’assurance et une provision pour entretien.
Le montant total à financer atteint donc 820 euros par mois, avant impôts et sans intégrer ici une provision supplémentaire pour vacance locative.
Voyons ce qui se passe selon le loyer retenu.
| Loyer hors charges | Cash-flow mensuel avant impôts et vacance |
|---|---|
| 750 € | −70 € |
| 800 € | −20 € |
| 825 € | +5 € |
| 850 € | +30 € |
| 900 € | +80 € |
Le tableau montre qu’une différence de 100 euros de loyer peut modifier sensiblement le cash-flow.
Mais il ne faut pas en conclure qu’il suffit de fixer le loyer le plus élevé.
Si un montant de 900 euros entraîne une vacance locative prolongée, le gain espéré peut rapidement disparaître.
De plus, un cash-flow positif avant impôts peut devenir négatif après fiscalité.
L’investisseur doit donc chercher le meilleur équilibre entre niveau du loyer, facilité de location et stabilité des revenus.
Neuvième étape : comprendre pourquoi le loyer le plus élevé n’est pas toujours le plus rentable
C’est l’une des erreurs les plus fréquentes.
Un propriétaire peut être tenté d’afficher son logement au-dessus du marché en se disant qu’il sera toujours temps de baisser le prix si personne ne répond.
Mais chaque semaine sans locataire représente une perte définitive de recettes.
Prenons un appartement dont le loyer de marché est estimé à 800 euros.
Le propriétaire hésite entre deux stratégies.
Dans le premier scénario, il propose le logement à 800 euros et trouve rapidement un locataire, permettant une occupation pendant douze mois.
Dans le second, il demande 850 euros, mais le logement reste vacant pendant deux mois avant d’être loué pour les dix mois restants.
| Stratégie | Mois loués | Loyers annuels encaissés |
|---|---|---|
| Loyer à 800 € | 12 | 9 600 € |
| Loyer à 850 € | 10 | 8 500 € |
Malgré un loyer mensuel supérieur de 50 euros, la seconde stratégie produit 1 100 euros de recettes annuelles en moins.
Bien entendu, il s’agit d’un exemple fictif. Un logement à 850 euros pourrait également trouver immédiatement preneur.
Mais il illustre un principe essentiel : la performance locative dépend du loyer encaissé sur l’année, pas seulement du montant inscrit dans l’annonce.
Un loyer cohérent avec le marché peut réduire la vacance, attirer davantage de candidats et favoriser une relation locative durable.
Dixième étape : tenir compte du profil des locataires recherchés
Le bon loyer dépend aussi du public auquel le logement s’adresse.
Un studio destiné à un étudiant, un appartement familial et une maison avec jardin ne répondent pas aux mêmes besoins.
Le propriétaire doit donc identifier les locataires susceptibles d’être intéressés, leurs contraintes et les alternatives dont ils disposent.
Le cas d’un logement étudiant
Un studio situé à proximité d’un établissement d’enseignement ou d’une ligne de transport peut bénéficier d’une demande régulière.
Mais le budget des étudiants reste souvent contraint. Le coût total du logement, charges comprises, peut être un critère décisif.
Un loyer trop élevé peut limiter le nombre de candidats, même dans un secteur où la demande est forte.
Le cas d’un appartement familial
Une famille recherche généralement une certaine stabilité. La proximité des écoles, les transports, le stationnement, les rangements et la qualité du logement peuvent influencer sa décision.
Un loyer raisonnable peut contribuer à attirer des locataires souhaitant rester plusieurs années.
Cette stabilité peut présenter un intérêt financier pour le propriétaire en réduisant les périodes de vacance et les frais de relocation.
Le cas d’une location meublée
Un logement meublé peut parfois être proposé à un loyer supérieur à celui d’un logement vide comparable.
Mais le propriétaire doit fournir les équipements réglementairement nécessaires, les renouveler lorsque cela devient indispensable et supporter des dépenses supplémentaires.
La fiscalité et les règles de location peuvent également être différentes.
Il faut donc comparer les recettes supplémentaires aux coûts réels, et non supposer qu’une location meublée est systématiquement plus rentable.
Comment fixer le loyer lors d’un changement de locataire ?
Lorsqu’un logement a déjà été loué, le propriétaire ne repart pas nécessairement de zéro.
Dans les communes soumises à l’encadrement de l’évolution des loyers, le montant demandé au nouveau locataire dépend en principe du loyer précédent, avec des possibilités de variation strictement encadrées.
Prenons un appartement précédemment loué 750 euros hors charges.
Le propriétaire constate que les annonces comparables affichent désormais 850 euros.
Il ne peut pas en déduire automatiquement qu’il pourra relouer son logement à 850 euros.
Il doit d’abord vérifier si la commune se trouve en zone tendue, les conditions du précédent bail, la date de la dernière révision et les exceptions éventuellement applicables.
Certaines situations peuvent permettre une évolution du loyer, notamment lorsque des conditions précises de travaux ou de sous-évaluation sont remplies.
Mais il faut effectuer le calcul réglementaire avant de publier l’annonce.
Cette vérification est particulièrement importante pour un investisseur qui achète un logement déjà occupé ou récemment libéré.
Peut-on augmenter le loyer chaque année ?
En cours de bail, la révision annuelle du loyer est encadrée par l’indice de référence des loyers, appelé IRL.
Pour qu’une révision annuelle soit possible, le bail doit prévoir une clause correspondante. Le calcul utilise alors l’indice de référence applicable, selon les règles et délais prévus.
La formule générale est :
Nouveau loyer = loyer actuel × nouvel IRL / ancien IRL correspondant.
Imaginons un loyer mensuel de 800 euros et une évolution de l’indice applicable de 2 %.
Le nouveau loyer théorique serait :
800 × 1,02 = 816 euros.
Cet exemple est purement illustratif : il ne correspond pas à une évolution réelle de l’IRL pour une période donnée.
Le propriétaire doit utiliser les indices officiels publiés par l’Insee et respecter les conditions de révision.
Attention aux logements classés F ou G
La performance énergétique peut limiter la possibilité d’augmenter le loyer.
En métropole, les logements classés F ou G sont soumis à des restrictions de révision et d’augmentation dans les conditions prévues par la réglementation.
Par ailleurs, les règles de décence énergétique limitent progressivement la possibilité de louer les logements les plus énergivores.
Pour un investisseur, il faut donc intégrer ces contraintes dans les prévisions financières.
Un appartement dont le loyer paraît intéressant aujourd’hui peut nécessiter des travaux importants pour rester louable ou permettre certaines évolutions de loyer dans les années à venir.
Exemple complet : fixer le loyer d’un appartement de 55 m² à Chambéry
Imaginons maintenant un investisseur qui envisage d’acheter un appartement de deux pièces de 55 m² dans un quartier résidentiel de Chambéry.
Le logement se situe dans un immeuble entretenu, dispose d’un balcon et d’une place de stationnement. Il est en bon état et ne nécessite pas de rénovation immédiate.
L’investisseur souhaite connaître le loyer qu’il pourrait raisonnablement percevoir.
Étape 1 : étudier le marché
Il consulte plusieurs annonces comparables dans le quartier et recherche des données complémentaires auprès des observatoires disponibles.
Dans notre scénario fictif, les loyers des logements les plus proches se situent entre 760 et 850 euros hors charges.
Les appartements sans extérieur se trouvent plutôt dans le bas de la fourchette. Les logements rénovés et disposant d’un stationnement se situent plus haut.
Étape 2 : calculer le prix au mètre carré
En retenant une première hypothèse de 800 euros :
800 / 55 = 14,55 euros par m².
L’investisseur vérifie que ce montant est cohérent avec les références de logements comparables.
Étape 3 : examiner les caractéristiques du bien
Le balcon et la place de stationnement constituent des avantages. L’appartement est également en bon état.
Il paraît donc raisonnable de tester une hypothèse de loyer autour de 810 à 830 euros hors charges, sous réserve d’une étude de marché plus précise.
Étape 4 : vérifier la réglementation
L’investisseur utilise le simulateur officiel pour vérifier si la commune et la situation du logement sont concernées par des règles d’encadrement.
Il détermine également s’il s’agit d’une première location ou d’une relocation et consulte le précédent bail si nécessaire.
Le montant finalement retenu devra respecter les règles applicables.
Étape 5 : calculer les charges récupérables
Supposons que les provisions pour charges récupérables soient estimées à 65 euros mensuels.
Avec un loyer hors charges de 820 euros, le montant annoncé serait donc de :
820 + 65 = 885 euros charges comprises.
Étape 6 : tester la rentabilité
Si le coût total d’acquisition de l’appartement est de 190 000 euros, frais et travaux compris, le rendement brut prévisionnel serait :
820 × 12 / 190 000 × 100 = 5,18 %.
Il faudra ensuite déduire les charges du propriétaire, les périodes de vacance, les mensualités du financement et la fiscalité pour calculer le cash-flow.
Étape 7 : retenir un loyer de commercialisation
Dans cet exemple, le propriétaire pourrait envisager un loyer de 820 euros hors charges, soit 885 euros charges comprises, uniquement si ce montant est cohérent avec les références réelles et autorisé par la réglementation applicable.
Il devra ensuite observer les réactions du marché.
Si les demandes sont nombreuses et les dossiers adaptés, l’estimation sera confortée. Si le logement reste longtemps sans candidats sérieux, il faudra réexaminer le positionnement.
Cet exemple ne constitue pas une estimation actuelle du marché chambérien : tous les loyers et les caractéristiques comparatives utilisés sont fictifs.
Faut-il demander le loyer maximal autorisé ?
Lorsqu’un plafond réglementaire existe, certains propriétaires considèrent naturellement qu’il constitue le montant à demander.
Mais un plafond légal n’est pas une recommandation commerciale.
Un appartement dont le loyer de base maximal est de 900 euros peut parfaitement présenter une valeur de marché de 820 euros si son état, son environnement ou ses caractéristiques le rendent moins attractif que les autres logements de sa catégorie.
Demander systématiquement le plafond peut alors allonger les délais de location.
À l’inverse, un logement de qualité peut trouver facilement preneur à un montant proche du maximum autorisé, lorsque la demande est suffisante.
Le bon loyer reste donc celui qui respecte la réglementation tout en correspondant à la valeur locative réelle du bien.
Les erreurs les plus fréquentes lorsqu’on fixe un loyer
La première erreur consiste à déterminer le loyer à partir de la mensualité du crédit. Le financement dépend de la situation personnelle de l’investisseur, alors que la valeur locative dépend du logement et du marché.
La deuxième est de prendre pour référence un seul appartement trouvé sur Internet. Une annonce isolée peut être surévaluée, ancienne ou concerner un bien dont les prestations sont très différentes.
La troisième consiste à comparer des loyers charges comprises sans distinguer le montant réellement conservé par le propriétaire.
La quatrième est d’ignorer les règles d’encadrement des loyers. Un montant conforme au marché peut rester illégal s’il dépasse un plafond applicable ou ne respecte pas les règles de relocation.
La cinquième est de surestimer la valeur des équipements. Une rénovation coûteuse ne permet pas nécessairement d’augmenter le loyer dans les mêmes proportions.
La sixième consiste à rechercher le montant mensuel maximal sans anticiper les périodes de vacance. Quelques semaines sans locataire peuvent effacer plusieurs mois de supplément de loyer.
Enfin, la septième erreur est d’oublier que le montant du loyer influence aussi la qualité et la stabilité de la relation locative. Un logement correctement positionné peut attirer davantage de candidats et faciliter une occupation durable.
Fixer le bon loyer : une décision essentielle pour réussir son investissement
Déterminer le loyer d’un investissement immobilier ne consiste pas à choisir un chiffre suffisamment élevé pour couvrir le crédit et les charges.
La démarche doit commencer par l’analyse du logement, de son emplacement et des prestations proposées. Elle se poursuit par l’étude des loyers réellement pratiqués, la comparaison de biens similaires et le calcul d’une fourchette de valeur locative.
Il faut ensuite vérifier les règles juridiques applicables : zone tendue, encadrement éventuel du niveau des loyers, situation du précédent bail, restrictions liées au DPE et conditions de révision.
Ce n’est qu’après ces vérifications que l’investisseur peut confronter le loyer envisageable à son rendement souhaité et à son cash-flow.
Un montant trop faible peut pénaliser durablement la rentabilité. Mais un montant trop élevé peut provoquer de la vacance locative et réduire les recettes réellement encaissées.
Le meilleur loyer n’est donc pas nécessairement le plus élevé. C’est celui qui permet de louer dans des délais raisonnables, de respecter la réglementation, d’attirer des locataires adaptés au logement et de préserver durablement la rentabilité de votre investissement.
Sources
- Service-Public -Fixation du loyer d’un logement privé : règles générales et distinctions entre les situations.
- Service-Public -Encadrement des loyers en zone tendue : relocation, première mise en location et plafonnement du niveau des loyers.
- Simulateur officiel -Votre commune est-elle concernée par l’encadrement des loyers ? : vérification par commune.
- Service-Public -Indice de référence des loyers (IRL) : calcul de la révision annuelle.
- Ministère du Logement -Carte nationale des loyers et Observatoires locaux des loyers -Carte des niveaux de loyers : références pour estimer un loyer de marché
Vous recherchez un bien immobilier dans les Pays de Savoie ?
Vous avez un projet d’achat mais manquez de temps pour trouver le logement idéal ? Découvrez notre service de chasse immobilière pour une recherche personnalisée.
