Vous avez commencé à préciser votre projet. Vous savez à peu près où vous souhaitez vivre, combien de chambres il vous faut et si vous recherchez plutôt un appartement ou une maison. Arrive maintenant une question beaucoup moins séduisante qu’une terrasse face aux montagnes, mais absolument déterminante pour la suite : combien pouvez-vous réellement consacrer à votre achat immobilier ?
La première réponse vient souvent assez vite.
« Nous avons 60 000 euros d’apport et nous pouvons emprunter 340 000 euros. Notre budget est donc de 400 000 euros. »
Pas tout à fait.
Car avec ces 400 000 euros, vous devrez peut-être financer le prix du logement, mais également les frais d’acquisition, la garantie du crédit, certains frais bancaires, d’éventuels travaux et quelques dépenses que l’on oublie facilement lorsque l’on commence à regarder les annonces.
Votre véritable budget immobilier ne correspond donc pas au prix maximal que vous pouvez emprunter.
Il correspond à l’enveloppe financière que vous pouvez consacrer à l’ensemble de votre projet sans fragiliser votre budget quotidien.
Et pour la calculer correctement, mieux vaut procéder dans le bon ordre.
Commencez par la mensualité que vous pouvez réellement supporter
Avant de demander combien la banque acceptera de vous prêter, posez-vous une question légèrement différente :
combien souhaitez-vous consacrer chaque mois à votre logement ?
En matière de crédit immobilier, les banques doivent respecter les règles fixées par le Haut Conseil de stabilité financière. En principe, le taux d’effort ne doit pas dépasser 35 % des revenus de l’emprunteur, assurance de prêt comprise, et la durée du crédit ne doit généralement pas excéder 25 ans. Les établissements disposent néanmoins d’une marge de flexibilité pour une partie limitée de leur production de crédits.
Prenons un couple percevant ensemble 5 000 euros nets par mois avant impôt et ne supportant aucun autre crédit.
À titre très simplifié, 35 % représentent :
5 000 × 35 % = 1 750 euros par mois.
Cela ne signifie pas pour autant que ce couple doit emprunter jusqu’à une mensualité de 1 750 euros.
Le taux de 35 % est un cadre d’octroi du crédit, pas une recommandation de budget familial.
Si vous avez deux enfants, aimez voyager, souhaitez continuer à épargner chaque mois ou savez que vos revenus pourraient diminuer dans quelques années, vous préférerez peut-être limiter votre mensualité à 1 450 ou 1 500 euros.
À l’inverse, deux ménages disposant exactement des mêmes revenus peuvent avoir des situations radicalement différentes selon leurs autres charges et leur mode de vie.
Votre première étape consiste donc à définir une mensualité confortable, puis à vérifier si elle entre dans les critères de financement de la banque.
Transformez cette mensualité en capacité d’emprunt
Une mensualité de 1 500 euros ne correspond pas toujours au même capital emprunté.
Tout dépend principalement du taux du crédit, de sa durée et du coût de l’assurance emprunteur.
Plus la durée augmente, plus une même mensualité permet généralement d’emprunter une somme importante. Mais plus le crédit dure longtemps, plus son coût total augmente, puisque les intérêts sont payés pendant davantage d’années. Le ministère de l’Économie rappelle précisément que le coût d’un crédit dépend notamment du montant emprunté et de sa durée.
C’est pourquoi une capacité d’emprunt n’est jamais un chiffre définitif que vous pourriez calculer une fois pour toutes.
Un changement des taux peut modifier votre budget d’achat, même si votre salaire n’a pas bougé d’un euro.
Prenons simplement le principe.
Avec une mensualité donnée, une banque pourra vous prêter une certaine somme sur 15 ans, davantage sur 20 ans et encore davantage sur 25 ans. Mais l’allongement de la durée augmente le montant total des intérêts.
Vous devez donc arbitrer entre capacité d’achat aujourd’hui et coût du financement demain.
Pour une première estimation, utilisez un simulateur de crédit. Avant de faire une offre sur un bien, demandez cependant une simulation précise à votre banque ou à votre courtier, car votre âge, votre situation professionnelle, vos crédits en cours, l’assurance emprunteur, votre apport et la nature du projet influenceront le financement réellement proposé.
3. Ajoutez votre apport personnel… sans forcément vider vos comptes
Supposons maintenant que votre capacité d’emprunt soit estimée à 330 000 euros et que vous disposiez de 80 000 euros d’épargne.
Votre enveloppe financière théorique atteint 410 000 euros.
Mais avez-vous réellement intérêt à injecter les 80 000 euros dans l’opération ?
Pas nécessairement.
L’apport personnel peut servir à financer une partie du prix du logement et les frais annexes. Il rassure également généralement le prêteur en montrant que vous avez été capable de constituer une épargne.
Mais acheter un logement en terminant l’opération avec 200 euros sur son compte courant peut transformer la première panne de chaudière en petite crise financière.
Conservez donc une épargne de sécurité.
Son montant dépendra de votre situation et du bien acheté. Un appartement récent dans une copropriété où aucun gros chantier n’est prévu ne présente pas les mêmes risques de dépenses immédiates qu’une maison de 1975 avec jardin, chaudière vieillissante et toiture d’origine.
Dans les Pays de Savoie, cette précaution peut être particulièrement utile avec une maison : entretien du chauffage, déneigement selon l’emplacement, travaux sur les extérieurs, toiture soumise aux intempéries, drainage d’un terrain en pente ou simple remplacement d’un équipement peuvent rapidement représenter plusieurs milliers d’euros.
Si vous possédez 80 000 euros d’épargne et décidez d’en conserver 20 000 en réserve, votre apport réellement disponible n’est plus de 80 000 mais de 60 000 euros.
Votre budget doit partir de ce chiffre.
Ne confondez pas enveloppe globale et prix du logement
Nous arrivons au calcul qui intéresse réellement l’acheteur.
Reprenons notre exemple :
capacité d’emprunt : 330 000 €
apport consacré au projet : 60 000 €
Votre enveloppe disponible est donc de :
390 000 €.
Pouvez-vous maintenant rechercher des logements affichés à 390 000 euros ?
Non, car il faut financer les autres composantes de l’achat.
La plus connue est constituée par les frais d’acquisition, souvent appelés « frais de notaire », même si cette appellation peut laisser croire à tort que l’ensemble de la somme rémunère le notaire. Ces frais comprennent principalement des droits et taxes reversés à l’État et aux collectivités, auxquels s’ajoutent les débours et la rémunération réglementée du notaire.
À cela peuvent s’ajouter les frais liés à la garantie du prêt, les frais de dossier bancaire, les honoraires éventuels d’un courtier ou encore certains frais d’agence selon la manière dont le prix est présenté.
Votre équation devient donc :
prix du logement + frais d’acquisition + frais de financement + travaux et dépenses immédiates = budget global du projet.
C’est ce budget global qui doit rester inférieur ou égal à vos ressources disponibles.
Pensez aux frais d’acquisition avant de filtrer vos annonces
C’est l’erreur classique du primo-accédant.
Vous disposez d’une enveloppe globale de 390 000 euros et paramétrez immédiatement votre moteur de recherche avec un prix maximal de 390 000 euros.
Puis vous trouvez enfin l’appartement idéal.
Et vous découvrez que l’opération complète dépasse votre financement.
Les frais d’acquisition varient notamment selon que vous achetez dans l’ancien ou dans le neuf, mais également selon les droits applicables à l’opération. Il est donc préférable de les calculer précisément pour le bien envisagé plutôt que d’appliquer aveuglément un pourcentage trouvé sur Internet.
Le contexte a d’ailleurs évolué récemment : la loi de finances pour 2025 a permis aux départements d’augmenter temporairement le taux maximal des droits de mutation à titre onéreux, ce qui peut modifier le coût d’une acquisition dans l’ancien selon le département et la situation de l’acquéreur. Utilisez donc un simulateur actualisé du notariat lorsque vous passez d’une estimation générale à un projet précis.
L’important pour votre recherche est de comprendre la mécanique : si votre enveloppe totale est de 390 000 euros, le prix maximal affiché dans vos recherches doit être inférieur à 390 000 euros.
De combien ? Cela dépendra du bien et des frais associés.
Réservez dès maintenant le budget des travaux
Vous visitez une maison à 350 000 euros qui nécessite 40 000 euros de rénovation.
Vous ne visitez pas réellement une maison à 350 000 euros.
Vous envisagez un projet à 390 000 euros avant même d’avoir intégré les autres frais.
Cette manière de raisonner change beaucoup de choses.
Une maison à 370 000 euros dans laquelle vous pouvez vous installer immédiatement peut finalement être financièrement plus accessible qu’une maison à 330 000 euros nécessitant une rénovation énergétique, une salle de bains, une partie de la toiture et le remplacement du chauffage.
Évaluez donc les travaux le plus tôt possible et distinguez trois catégories.
Les travaux indispensables avant l’installation : électricité dangereuse, chauffage hors service, assainissement, fuite ou problème structurel.
Les travaux nécessaires dans les premières années : isolation, fenêtres, toiture vieillissante ou équipement arrivant en fin de vie.
Et enfin les travaux de confort : cuisine qui ne correspond pas à vos goûts, peinture, décoration ou terrasse à réaménager.
Tout ne doit pas nécessairement être financé immédiatement.
Mais tout doit être anticipé.
Dans les Alpes, intégrez aussi le coût d’usage du logement
Deux maisons au même prix ne coûtent pas nécessairement la même chose à habiter.
Imaginez deux biens de 120 m² proposés à 420 000 euros.
Le premier est bien isolé, correctement exposé et relativement proche de votre travail. Le second, plus ancien, se trouve à 200 mètres d’altitude supplémentaires, sur un versant moins ensoleillé, et vous oblige à parcourir trente kilomètres de plus chaque jour.
Sur l’annonce, ils valent le même prix.
Dans votre budget familial, ils ne coûteront pas la même chose.
Chauffage, carburant, entretien d’un véhicule, péages éventuels, équipements hivernaux et temps de déplacement finissent eux aussi par peser.
C’est particulièrement important lorsque l’on s’éloigne des centres urbains pour trouver davantage de surface.
Quitter Chambéry ou Annecy pour gagner une chambre et 500 m² de terrain peut être un excellent choix de vie. Mais si cette décision ajoute deux voitures indispensables et plusieurs centaines de kilomètres de déplacements mensuels au foyer, une partie de l’économie réalisée sur le prix immobilier est consommée ailleurs.
Le budget d’un achat immobilier ne devrait donc jamais s’arrêter le jour de la signature chez le notaire.
Demandez-vous également : combien ce logement me coûtera-t-il chaque mois une fois que j’y habiterai ?
N’oubliez pas les charges de copropriété et la taxe foncière
Pour un appartement, demandez rapidement le montant des charges de copropriété et ce qu’elles comprennent.
150 euros par mois incluant chauffage et eau n’ont évidemment pas la même signification que 150 euros couvrant uniquement les dépenses courantes de l’immeuble.
Regardez également les travaux votés et ceux qui pourraient arriver prochainement : toiture, ravalement, ascenseur, isolation ou chauffage collectif.
Une mensualité de crédit de 1 500 euros à laquelle s’ajoutent 300 euros de charges importantes ne produit pas le même budget mensuel qu’une mensualité identique avec 90 euros de charges.
Même réflexion pour la taxe foncière.
Demandez son montant avant d’acheter et intégrez-la à votre calcul annuel. Une taxe de 1 800 euros représente tout simplement 150 euros par mois lorsqu’on la ramène à votre budget réel.
Votre banque et vous ne regardez donc pas nécessairement le logement de la même manière.
Elle vérifie votre capacité à rembourser le crédit.
Vous devez vérifier votre capacité à vivre confortablement avec le logement une fois le crédit payé chaque mois.
Vérifiez si vous pouvez bénéficier d’un prêt aidé
Votre financement ne se limite pas nécessairement à un prêt immobilier bancaire classique.
Selon votre situation et votre projet, vous pouvez éventuellement bénéficier de dispositifs tels que le prêt à taux zéro (PTZ), le prêt d’accession sociale, certains prêts liés à l’épargne logement ou des prêts complémentaires d’Action Logement. Service-Public répertorie les principaux dispositifs susceptibles de compléter un financement immobilier.
Les conditions dépendent du dispositif, de vos revenus, de la composition du ménage, de la nature du logement et parfois de sa localisation.
Ne construisez donc jamais votre budget en supposant que vous bénéficierez nécessairement d’une aide.
Vérifiez d’abord votre éligibilité et le montant réellement mobilisable.
Une fois confirmée, cette aide peut en revanche modifier sensiblement votre plan de financement.
Faites trois budgets plutôt qu’un seul
Voici probablement la méthode la plus utile avant de commencer sérieusement les visites.
Ne définissez pas un budget.
Définissez-en trois.
Le premier est votre budget confortable. La mensualité vous permet de continuer à vivre, épargner, partir en vacances et absorber les imprévus sans surveiller votre compte bancaire le 25 de chaque mois.
Le deuxième est votre budget cible. Il demande un effort financier réel, mais reste compatible avec votre niveau de vie et vos projets.
Le troisième est votre budget maximal absolu. Vous pourriez théoriquement obtenir le financement, mais vous ne l’utiliserez que pour un bien qui justifie réellement cet effort supplémentaire.
Imaginons par exemple :
budget confortable : 360 000 euros tout compris ;
budget cible : 390 000 euros ;
budget maximal : 410 000 euros.
Cette méthode vous évitera de considérer immédiatement 410 000 euros comme votre nouveau prix minimum psychologique.
Car un phénomène assez étonnant se produit lorsqu’on commence à chercher un logement : dès que l’on sait que la banque pourrait nous prêter davantage, les maisons situées sous notre budget paraissent soudain moins séduisantes.
Un exemple complet pour comprendre le calcul
Prenons un couple disposant de :
- 70 000 euros d’épargne ;
- une capacité d’emprunt confirmée de 340 000 euros ;
- aucun logement à revendre.
Il décide raisonnablement de conserver 15 000 euros d’épargne de précaution.
Son apport mobilisable devient donc :
70 000 – 15 000 = 55 000 euros.
Son enveloppe financière maximale atteint :
340 000 + 55 000 = 395 000 euros.
Mais il envisage un logement ancien et doit encore financer les frais d’acquisition et de crédit. Il souhaite également conserver 12 000 euros dans l’enveloppe pour quelques travaux immédiatement nécessaires.
Le prix maximal du logement sera donc sensiblement inférieur à 395 000 euros.
Voilà le chiffre qu’il devra utiliser pour commencer à filtrer ses annonces.
Et lorsqu’un bien précis sera identifié, il faudra reprendre le calcul avec les vrais frais d’acquisition, les vrais travaux, les charges du logement et les conditions de financement effectivement proposées par la banque.
Cette dernière étape est essentielle : un budget immobilier n’est jamais définitivement validé par un simulateur en ligne.
Le bon budget n’est pas le maximum que la banque accepte de vous prêter
C’est probablement la règle la plus importante à retenir.
Pour calculer votre budget d’achat immobilier, commencez par déterminer la mensualité que votre foyer peut supporter confortablement, transformez-la en capacité d’emprunt, ajoutez l’apport que vous souhaitez réellement mobiliser, puis retranchez tous les coûts qui ne correspondent pas directement au prix du logement : frais d’acquisition, financement, travaux et dépenses immédiates.
Regardez ensuite ce que le logement vous coûtera une fois installé : charges, taxe foncière, chauffage, entretien et déplacements.
Vous obtiendrez alors deux chiffres très différents.
D’un côté, ce que vous pourriez théoriquement acheter.
De l’autre, ce que vous pouvez raisonnablement acheter sans que votre logement absorbe le reste de votre vie.
C’est le second chiffre qui doit guider vos recherches.
Car lorsqu’un appartement avec terrasse face au lac ou une maison baignée de soleil apparaît enfin dans les annonces, il devient beaucoup plus difficile de faire des calculs rationnels.
Autant les avoir faits avant.
Vous avez un projet d’achat immobilier en Pays de Savoie ?
Choisir le bon emplacement, définir son budget, organiser les visites, négocier le prix… Retrouvez nos conseils pour acheter votre logement en toute connaissance de cause.
